Ferme agro-écologie 3.0 : le futur de l’agriculture ?

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Ferme agro-écologie 3.0 : le futur de l’agriculture ?

Portée sur les fonts baptismaux en juin 2014, la Ferme 3.0, lancée par la Chambre d’agriculture de la Somme, en partenariat avec Agro-Transfert et Jean-Marie Deleau, démontre-t-elle l’utilité des nouvelles technologies en agriculture ?

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(A gauche) Cartographie de rendement réalisée au moment de la moisson, sur toutes les parcelles de l’exploitation. (A droite) Essai de semis direct de betterave en terre difficile (25 mars 2016).
(A gauche) Cartographie de rendement réalisée au moment de la moisson, sur toutes les parcelles de l’exploitation. (A droite) Essai de semis direct de betterave en terre difficile (25 mars 2016). – © AAP

La révolution agricole est en marche, n’a-t-on de cesse d’entendre depuis quelques années. Ses nouveaux dieux ? Drones, GPS, Big Data, capteurs divers et variés… Connectée, l’agriculture l’est de plus en plus (selon un sondage Ipsos-Agriavis publié le 8 septembre, 65 % des agriculteurs interrogés se disent prêts à investir dans de nouveaux équipements ou outils numériques dans les prochaines années, ndlr), mais qu’en est-il du retour de la valeur pour le producteur ? Pour en avoir le cœur net, la Chambre d’agriculture de la Somme s’est lancée dans l’aventure «numérique» et agro-écologique en créant la Ferme 3.0, «la première exploitation agricole entièrement dédiée à l’agro-écologie et à l’agriculture connectée», s’enthousiasmait son président, Daniel Roguet, lors de l’inauguration de ladite ferme, le 2 juin dernier.
Sa plus grande originalité ? «Les techniques et conduites les plus innovantes sont mises en œuvre au quotidien sur 340 ha», poursuivait-il. Traduction : avec la Ferme 3.0, on change de dimension, puisque les tests sont réalisés sur une véritable ferme et plus sur des fermes d’expérimentation, soit une ferme avec ses contraintes quotidiennes et ses impératifs de viabilité économique. Hors de question de jouer les apprentis sorciers ou de faire prendre un quelconque risque à l’exploitation. «L’intérêt, rappelait Jean-Marie Deleau, l’agriculteur qui a mis sa ferme d’Aizecourt-le-Haut à disposition, est de s’appuyer sur la nature pour diminuer les coûts d’exploitation. Cela permet d’éviter les dépenses inutiles et de mieux appréhender les potentialités du système pour l’environnement local, grâce aux nouvelles technologies.»

Des outils satisfaisants ?
Novembre 2016. La moisson catastrophique de cet été n’a pas épargné la Ferme 3.0. De l’avis de tous, l’année 2016 restera une année de «merde». Juin, étape clé pour le blé, s’annonçait sous les meilleurs auspices. Une fois les parcelles fertilisées, des pluies incessantes se sont abattues sur tout le département. Les outils d’aide à la décision avaient défini les doses d’azote à apporter. Mais les aléas climatiques ont ruiné les calculs, entraînant un apport supérieur d’azote. Conséquence : les rendements de blé n’ont pas été au rendez-vous, comme partout ailleurs.
La faute aux outils ? «Non, les outils ne peuvent pas être remis en cause, répond Mathieu Preudhomme, ingénieur conseil en productions végétales à la Chambre d’agriculture de la Somme, et responsable des conduites et des expérimentations sur la Ferme 3.0. Tous les outils de pilotage testés (Farmstar, N-Tester et drones) ont bien marché. Et techniquement, les GPS, tracteurs et épandeurs ont bien fonctionné.»
Reste que leurs réglages se sont révélés délicats en raison de l’utilisation de langages informatiques différents suivant les constructeurs. Autre réglage à apporter : sur la télédétectation des adventices, notamment sur les chardons, les drones ne sont pas encore au point. De nouveaux réglages, il en faudra aussi pour moduler l’apport d’azote sur les orges d’hiver, réglages rendus impossibles cette année en raison d’un problème de liaison entre la console GPS du tracteur et l’épandeur. Quant à l’outil Mileos, pour les pommes de terre, les conditions climatiques n’ont pas permis de rendre compte de son efficacité.

Quel apport pour les agriculteurs ?
«On reste persuadés que tous ces outils peuvent nous permettre de travailler plus finement, notamment sur la modulation intraparcellaire, explique l’ingénieur. Tous les outils sont bel et bien plus efficients par rapport à l’usage des intrants.» Sans compter l’apport du Big Data assurant une connaissance affinée des parcelles. Parmi les données collectées sur la ferme, il y a des cartes de sol, de biomasse, de nutrition azotée et de rendement. Les unes servent à déterminer la dose d’azote à apporter grâce à la cartographie de la parcelle, les autres définissent le rendement des parcelles. «Grâce au Big Data, indique Jérôme Cipel, ingénieur gestion des données à la Chambre d’agriculture de la Somme, les agriculteurs peuvent optimiser leur travail à la fois sur les plans technique, organisationnel, humain et sur le rendement de leurs parcelles.»
Si, au final, les agriculteurs peuvent attendre en retour des gains intéressants pour leur exploitation, deux limites interviennent. La première concerne la valorisation et la sécurisation des données. La seconde porte, elle, sur l’utilisation des outils par les agriculteurs. «Il faut, admet Mathieu Preudhonne, une formation initiale pour entrer dedans et comprendre leur portée, ainsi qu’un accompagnement au début. Néanmoins, de plus en plus, les outils d’aide à la décision qui arrivent sur le marché sont plus faciles d’usage, même si leur coût reste cher. Mais là est le chemin ouvert par la révolution agronomique.» Si les opportunités s’avèrent nombreuses, force est de constater que la place de l’agriculteur demeure toujours en pointillé. Celle-ci doit, de fait, se reconfigurer car, concrètement, aujourd’hui, les bénéfices réels pour le producteur peinent encore à poindre.

Quelques chiffres

– 340 ha : SAU

– 520 micro-parcelles créées pour tester différents itinéraires techniques utilisant moins de produits phytos sur blé ou pour évaluer l’intérêt de l’association du colza avec les légumineuses
– 20 bandes servent à tester le non-labour sur colza ou encore l’implantation de mélanges d’espèces éligibles aux surfaces d’intérêt écologique (SIE), qui conditionnent certaines aides de la Pac.
– Pilotage de la fertilisation azotée par drone mené sur
170 ha de blé et d’orge
– Apports de potasse et de phosphate sur 135 ha de pommes de terre et de betteraves. Les doses peuvent varier au sein d’une même parcelle, en fonction des besoins.

 

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